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La préservation de la variabilité génétique : une nécessité !

Veiller à la destinée d’une race est un défi éthique.



Si la notion de race peut être définie de maintes façons, elle repose, à l’origine, sur la notion de terroir, car l’action du milieu géographique favorise, du fait de l’évolution naturelle, certains caractères différenciant ainsi un groupe au sein de l’espèce.

Trop souvent, l’Homme exerce une pression de sélection trop forte ou insensée, mettant en péril le fruit d’une longue sélection naturelle.

Il faut savoir reconnaître que la pression de sélection exercée chez le Dalmatien pour favoriser l’expression du gène sw responsable du fond de robe blanc a été à l’origine excessive : la surdité liée à la dégénérescence de certaines cellules de l’oreille interne par manque de pigment est là pour nous le rappeler.

Sélectionner une race canine sur la seule beauté est une aberration :
Même si la beauté se définit comme l’adaptation à la fonction (ainsi un beau jarret est bien angulé de façon à assurer une exccellente propulsion responsable d’un trot puissant), un chien ne se réduit pas à son anatomie.

Nous attendons d’un chien de bonne compagnie qu’il soit :
  • équilibré et sociable ;
  • intelligent ;
  • doté d’une bonne santé et d’une bonne longévité.

Jusqu’à il y a peu, la sélection reposait sur les seules expositions de beauté… Heureusement, mais depuis quelques années seulement, interviennent le Test d’Aptitudes Naturelles (TAN) pour répondre aux deux premières conditions, et la prévention des maladies génétiques, tributaire de la préservation de la variabilité génétique, pour répondre à la troisième condition.

La préservation de la variabilité génétique : une nécessité !
La rusticité d’une race, autrement dit sa résistance aux maladies, sa prolificité, sa longévité, est corrélée à sa variabilité génétique, c’est-à-dire à un capital d’allèles différents élevé.
Lorsqu’on s’adresse à une race à effectif réduit comme le Dalmatien, la consanguinité met à mal la variabilité génétique.
Il est de notre devoir de préserver, au sein de notre race, une bonne variabilité génétique de façon à garder la possibilité d’évoluer vers des caractères, qu’ils soient morphologiques ou psychiques, quelque peu différents le cas échéant.

La formule de l’Ecuyer Baucher, relative à l’usage du mors de bride pour conduire le cheval : « un rasoir entre les mains d’un singe » s’applique, me semble-t-il, parfaitement à la consanguinité.

Une excellente formation biologique, une prudence extrême, une grande expérience de l’élevage, sont de rigueur pour avoir recours à la consanguinité étroite dans une race à effectif réduit !
La consanguinité concentre les gènes, les « bons » comme les
« délétères » (mauvais) dont elle favorise le passage à l’état homozygote.
Quand des poules très consanguines sont décimées par des affections héréditaires, nous sommes loin du drame qui frappe les Maîtres d’un chien encore jeune atteint de cécité à rapporter à une dégénérescence rétinienne, ou disparaissant des suites d’une insuffisance cardiaque. La liste des races sinistrées est malheureusement très longue…

Pour préserver la variabilité génétique, la sagesse consiste à utiliser le plus grand nombre possible d’étalons, ce qui est facilité par la grille de cotation, bien plus utile que le championnat car elle permet de juger un étalon sur sa descendance, certes sur le critère de la beauté, mais autrement plus important, en prenant en compte son statut à l’égard de la surdité (PEA) et sa stabilité émotionnelle (TAN).

Au contraire, le recours à l’étalon en vogue ou à ses descendants n’est pas sans danger.

Docteur D. Vincent
01-2006